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LE DERVICHE ET LE JARDINIER

 

 

 

LEGENDE DU DERVICHE ET DU JARDINIER

 

C'est en Egypte, sur un des versants de la montagne où s'étend un petit champ rempli par des blocs de granit arrondis et luisants qui, de loin, ressemblent à des boulets de canon.

Ce champ a sa légende :

 

« Une fois, il y a bien longtemps, un cheikh de derviches qu'on nommait Hadji Abdoul-Aziz marchait péniblement sous le soleil et dans la poussière de ce sentier difficile. Une soif ardente desséchait ses lèvres, la fatigue courbait ses membres, la sueur mouillait son front. Près de là, un champ verdoyait plein d'appétissantes pastèques qu'un paysan entourait de paillassons pour les défendre contre la chaleur. Hadji Abdoul-Aziz s'arrêta.

  • Ohé ! L'homme, cria-t-il, au nom de Dieu clément et miséricordieux, donne-moi un de tes melons d'eau en échange de mes prières.

  • Je ne me soucie pas de tes prières, répondit le jardinier, qui était dur au pauvres gens ; donne-moi quelques pièces de bonne monnaie et je te cèderai une de mes pastèques.

  • Je suis un derviche mendiant et je n'ai jamais possédé d'argent ; mais j'ai soif, je suis fatigué et je sens qu'un de ces fruits me fera grand bien.

  • Passe ton chemin et descends jusqu'au Nil : là tu pourras boire à ton aise ».

 

Le derviche pria longtemps le jardinier ; mais ce fut en vain, car ce méchant homme était sans pitié. Alors, levant les yeux et les mains vers le ciel, Hadji Aboul-Aziz dit à haute voix :

  • « Seigneur, toi qui, au milieu des sables du désert, as fait jaillir la source Zem-zem pour abreuver Ismaël, le père des vrais croyants, souffriras-tu qu'une de tes créatures prérisse ainsi de soif et de fatigue ? »

A peine le derviche avait-il parlé qu'une rosée abondante descendit sur lui, le désaltéra et le rafraîchit jusque dans la moëlle de ses os.

A la vue de ce miracle, le jardinier comprit qu'il avait devant lui un saint personnage aimé de Dieu ; il arracha vite une pastèque et la lui offrit.

  • « Garde tes frutis, homme méchant, répondit Hadji Abdoul-Aziz ; qu'ils deviennent aussi durs que ton coeur et que ton champ soit aussi stérile que ton âme ».

 

 

Aussitôt les pastèques furent changées en blocs de granit et le sable envahit le champ qui depuis ne put jamais rien produire.

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